Mgr Georges Casmoussa, évêque syriaque (catholique) de Mossoul, était invité en France, jeudi 23 octobre, par l'AED (association catholique Aide à l'Eglise en Détresse) à l'occasion de la présentation du rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le monde. Il y a dénoncé "l'atmosphère de peur et de panique ainsi que les menaces directes" qui, ces dernières semaines, ont poussé la moitié des familles chrétiennes de la ville à fuir leurs maisons. L'évêque de Bagdad, Mgr Shimoun Wardouni, dénonce, lui, une véritable campagne lancée contre eux qui a provoqué la fuite, en comptabilisant les villages alentour, de plus de la moitié de la communauté restante dans la "ville des églises" : 2 400 familles selon Bagdad, soit environ 12 000 personnes.

En quinze jour d'octobre, une quinzaine chrétiens ont été tués et plusieurs maisons détruites (à l'explosif). Selon Mgr Casmoussa, les chrétiens ont trouvé refuge dans des salles paroissiales ou des églises de villes situées dans la plaine de Ninive, et seules 35 des 1 500 familles exilées seraient pour l'heure rentrées à Mossoul.

"Au rythme d'émigration actuel, il n'y aura bientôt plus d'Assyriens dans le berceau même du christianisme moyen-oriental !" s'alarme un ingénieur syriaque (catholique) de Bagdad.

Numériquement faibles et politiquement inexistants dans l'Irak moderne, les chrétiens se flattent de former "la plus ancienne communauté religieuse d'Irak". Certains de ses membres parlent encore une langue voisine de l'araméen biblique. Jusqu'en 2003, Saddam Hussein, qui les protégeait, notamment parce qu'ils étaient trop faibles pour présenter une menace à son pouvoir, les évaluait à près d'un million. Combien en reste-t-il ? "On ne sait pas vraiment", reconnaît l'évêque chaldéen de Bagdad, Mgr Shimoun Wardouni. "Peut-être un demi-million, peut-être moins". C'est-à-dire moins de 2 % de la population nationale

Mgr Casmoussareste prudent sur les motivation de ces exactions :

"Je ne peux pas prétendre que les raisons sont uniquement religieuses, mais je ne peux pas non plus laver la conscience des groupes fondamentalistes (musulmans). Il y a sans doute à la fois des raisons politiques et religieuses."

Pour l'évêque de Bagdad, en revanche, pas de doute, Al-Qaida est le coupable tout désigné des meurtres de Mossoul. Mais tout le monde n'est pas de cet avis. Certains accusent les chiites, qui se sont beaucoup implantés dans des villages chrétiens ces dernières années, et qui chercheraient à s'étendre.

Mgr Casmoussa attend des autorités irakiennes qu'elles assurent la sécurité dans toute la ville. Ces dernières semaines, un millier de policiers ont été déployés à Mossoul et le gouvernement a annoncé avoir arrêté des responsables des dernières violences.

"On ne demande pas qu'un char soit installé devant chaque maison chrétienne, et surtout pas un char américain ! Nous voulons que la loi et la sécurité soient appliquées pour tous. Il ne suffit pas que le gouvernement nous dise qu'il a mis la main sur tel ou tel groupe, il faut qu'un procès se tienne pour que la confiance du peuple envers les autorités soit restaurée", plaide le religieux.

A Bagdad, Mgr Wardouni a demandé au chef du gouvernement d'envoyer "plutôt des renforts militaires", et non la police - largement dominée par les chiites - "parce que nos gens ont plus confiance dans l'armée". Et puis il y a le facteur kurde. Certaines victimes survivantes des violences à Mossoul pointent plutôt du doigt "des éléments kurdes" qui agiraient ainsi pour pousser les chrétiens, largement implantés dans et autour du Kurdistan autonome, à se solidariser politiquement avec cette autre communauté minoritaire (20 % de la population) qui cherche à étendre la superficie qu'elle contrôle.

Minorités chrétiennes en Irak

Mardi, le Vatican s'est montré "extrêmement préoccupé" par la situation des chrétiens d'Irak et s'est interrogé sur la volonté des autorités de les protéger.

La France s'est proposé de recevoir des réfugiés irakiens. Mgr Casmoussa y est sensible, mais il rappelle ses priorités :

"Si la France peut accueillir des gens en détresse, nous lui serons reconnaissants, mais notre principe consiste à maintenir les Irakiens en Irak."


Reportage Reuters par Le Monde :

Reportage par LCI