Plusieurs institutions chrétiennes ont reçu ces derniers mois des menaces de mort qui sont prises très au sérieux depuis l’attentat à la bombe de mai 2009 contre l’église de l’Assomption. Cet attentat avait fait trois morts et une quinzaine de blessés graves, et avait été revendiqué par l’Armée de Défense du Népal (Nepal Defense Army, NDA), groupuscule extrémiste hindou. Le même groupe hindou avait revendiqué en 2008 de l’assassinat du prêtre salésien John Prakash Moyalan.

Des institutions chrétiennes sont, depuis, régulièrement menacées par téléphone. Le pro-vicaire du Népal, le P. Pius Perumana, ainsi que les jésuites de l’école St-Xavier, ou encore les religieuses de l’école Sainte-Marie et les Sœurs de la Charité de Nazareth de Baluwatar, ont été menacés de mort.

Formé d’anciens soldats, de policiers de l’ancien régime et de victimes de la guérilla maoïste, ce groupe armé affirme être prêt à commettre d’autres attaques, y compris des attentats suicides, contre les chrétiens, les musulmans et les communistes, afin de rétablir un Etat hindou. Ils ont déjà orchestré d'autres attentats contre une mosquée, ou en 2007, contre le quartier général des maoïstes à Katmandou.

« Le NDA a menacé les prêtres et les religieuses (...) et leur a laissé un mois pour quitter le pays », a déclaré Mgr Sharma, précisant que les dernières intimidations ont été faites au nom du chef du NDA, Ram Prasad Mainali.

Toutes les institutions catholiques ont été prévenues et la police exerce désormais une surveillance autour des principaux lieux susceptibles d’être de nouveau la cible des terroristes, comme le centre pastoral de Godavari.

Ces menaces de mort ne sont pas une situation nouvelle pour les chrétiens du Népal : déjà en 2008, juste après l’assassinat du P. Prakash Moyalan, le NDA avait, de la même manière, averti les communautés religieuses de s’attendre à une vague d’attentats s’ils ne quittaient pas le pays. A l’époque, Mgr Sharma avait écrit au ministre de l’Intérieur afin qu’il prenne les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité des fidèles et de leurs pasteurs. Le prélat faisait remarquer au gouvernement que ces intimidations répétées envers plus d’une cinquantaine d’établissements d’éducation ou à caractère social gérés par l’Eglise mettaient en danger « dans au moins 60 districts du pays (...) 17 922 élèves et autres membres du personnel, dont 99 % n’étaient pas chrétiens ».

Les chrétiens du Népal ne sont pas décidés à « se laisser intimider » et affirment que ce temps d’épreuve les « rapproche davantage de Dieu ». Balann Joseph, 41 ans, originaire du nord de l’Inde, a perdu sa femme et sa fille dans l’explosion du 23 mai. Lui-même grièvement blessé, il a témoigné auprès de la communauté catholique endeuillée de Katmandou, des « grâces reçues » dans l’épreuve et du pardon qu’il a donné à l’instigatrice de l’attentat. Cette dernière, Seeta Thapa Shrestha, âgée de 27 ans, n’a pas fait de difficulté à reconnaître sa culpabilité dès son arrestation par la police, déclarant seulement regretter de « ne pas avoir fait plus de morts ». Bien que la jeune femme affirme appartenir à un autre groupe extrémiste, le Hindu Rashtra Bachao Samiti (Société pour la défense de la nation hindoue), la police est d’autant plus persuadée que « le NDA est le cerveau de l’affaire » que l’Armée de Défense du Népal a rapidement revendiqué l’attentat.

A l’heure actuelle, malgré les promesses du gouvernement népalais, les victimes et les parents des personnes décédées dans l’attentat à la bombe du 23 mai dernier n’ont toujours pas été indemnisées. C’est l’Eglise qui a payé les soins des victimes à l’hôpital et assuré le soutien des familles.

Selon des sources ecclésiastiques locales, on compte aujourd’hui environ 1,5 million de chrétiens au Népal, dont près de 8 000 catholiques dans un pays à très forte majorité hindoue.