PERSÉCUTIONS DANS LE MONDE


Un jeune chrétien de 26 ans a été assassiné de sang-froid mardi 30 novembre dans le quartier de Zuhoor à Mossoul.
Fadi Walid Gabriel, jeune ingénieur de l'Eglise syriaque-orthodoxe, se trouvait dans son magasin quand trois hommes armés ont fait irruption et l'ont obligé à les suivre sous la menace. Ils l'ont assassiné dans un commerce vide situé un peu plus loin.

Avec la mort de Fadi Walid, le nombre de chrétiens assassinés après le massacre de la cathédrale syro-catholique à Bagdad s'élève à huit.

Les représentants des communautés chrétiennes ont publiquement exprimé leur indignation devant ce nouveau crime, notamment par un geste fort au cours d'une conférence organisée par le ministère pour les droits humains irakiens sur le thème « coexistence et tolérance sociale » qui avait lieu à Erbil, au nord de l'Irak. Les évêqueset responsables ont quitté la conférence en signe de protestation contre cette vague de violence contre la minorité chrétienne.
La session a été suspendue et une rencontre d'urgence a permis de convaincre les chrétiens de revenir après avoir obtenu l'assurance que leur demande serait inscrite dans le ‘Manifeste' qui sera publié à la fin de la conférence (le refus préalable ayant sans doute déclenché leur départ).

Deux Afghans accusés de s'être convertis au christianisme sont détenus à Kaboul et risquent la peine de mort pour avoir abjuré l'islam. Il s'agit de Musa Sayed, 45 ans, employé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) depuis 15 ans et père de six enfants, et Ahmad Shah, 50 ans.

"Ils sont accusés de s'être convertis à une autre religion, ce qui est considéré comme un crime par la loi islamique. Si cela est prouvé, ils risquent la peine de mort ou la prison à perpétuité", a déclaré Din Mohammad Quraishi, le procureur chargé des districts de l'ouest de Kaboul.

Musa Sayed a déjà avoué s'être converti, tandis que la justice a des preuves de la conversion d'Ahmad Shah. Un porte-parole du CICR, Bijan Frederic Farnoudi, a confirmé l'arrestation de Musa Sayed tout en signalant qu'ils le visitaient régulièrement.

Les deux hommes ont été entendus par un tribunal de première instance, mais celui-ci a renvoyé leur dossier au bureau du procureur général, mettant la procédure en suspens. Interrogé sur les raisons de cette anomalie de procédure, M. Quraishi a évoqué "de possibles instructions venues d'en haut". Selon plusieurs proches de M. Musa, ce dernier est le seul véritable accusé dans cette affaire.
M. Musa a d'ailleurs accusé par lettre Ahmad Shah d'avoir infiltré la communauté chrétienne pour le dénoncer auprès des autorités. Il ajoute avoir été "abusé et battu" en prison. Selon des sources proches de l'enquête, des ambassades occidentales à Kaboul se sont émues du sort de Sayed Musa, qui a reçu dernièrement la visite de plusieurs diplomates.

Musa Sayed et Ahmad Shah avaient été arrêtés fin mai et début juin, quelques jours après la diffusion sur une télévision locale de photos et d'une vidéo montrant des Afghans convertis au christianisme se faire baptiser, dans une maison de Kaboul selon la chaîne. Des membres du parlement afghan avaient exprimé leur colère, l'un d'eux appelant même à l'exécution publique des convertis.

Les procès contre les non-musulmans se multiplient en Algérie. Dimanche, le tribunal correctionnel de Larvâa Nat Iraten (120 km à l'est d'Alger) a jugé quatre chrétiens pour « pratique d'un culte sans autorisation ». Il leur est reproché d'avoir ouvert une église à Ath Atelli, un village de montagne où quelques musulmans ont décidé de se convertir. Le procureur a requis un an de prison contre eux (le jugement aura lieu le 12 décembre).
Par solidarité, des centaines de citoyens ont manifesté devant le palais de justice.

Il est vrai que le prosélytisme de l'église protestante ne fait qu'accroître les tensions, dans un pays où l'islam est religion d'État.

En octobre, une dizaine de personnes, dont deux chrétiens, ont été inculpées « d'atteinte aux préceptes de l'islam » pour avoir brisé le jeûne rituel du ramadan. Soutenus par des militants des droits de l'homme, ils ont été relaxés. Mais moins médiatisé, un jeune chômeur d'Oum El Bouaghi, dans les Aurès, a été condamné, lui, pour le même motif, à deux ans de prison ferme.

Mercredi, à Guizeh, dans la proche banlieue du Caire, une manifestation de coptes orthodoxes a fait un mort, suite à la décision de l'administration d'arrêter la construction d'une église copte.

La municipalité avait délivré un permis pour agrandir un centre culturel et social copte, mais a fait volte-face quand des coupoles sont sorties de terre. Le centre social se mettait à ressembler étrangement à une église. Or la construction d'un nouveau lieu de culte exige, en Égypte, un permis de construire particulier, qui n'est accordé que de façon rarissime aux chrétiens, en très grande majorité coptes orthodoxes (de 6 à 7 millions). La police a été envoyée mercredi sur le chantier pour arrêter la construction, mais a été accueillie à coups de pavés par deux cents protestataires décidés à en découdre. Elle a répliqué aussitôt avec violence, tuant un copte par balle. Un autre, grièvement blessé, est décédé à l'hôpital vendredi.

Les Coptes se sentent de plus en plus discriminés dans le pays, en grande partie suite à l'islamisation galopante de l'Egypte et le poids politique croissant du mouvement des Frères musulmans. Certains veulent malgré tout relever la tête, quitte à se mettre dans l'illégalité, comme à Guiseh.

Mais en pleine période électorale, à l'orée du premier tour des législatives, les autorités n'entendent pas se mettre en porte-à-faux avec une majorité musulmane alors qu'elles se sont lancées dans un violent bras de fer avec les Frères musulmans ces derniers mois, qui avaient remporté 20 % des voix aux législatives de 2005. 1 260 d'entre eux ont été arrêtés, dont deux candidats, à l'occasion des nombreuses explosions de "ras-le-bol" qui éclatent aux quatre coins du pays ; 500 sont encore en prison. Les frères musulmans prônent en effet un islam radical qui met en péril l'équilibre du pays.

L’Aide à l’Église en détresse (AED) a publié son rapport 2010 sur la liberté religieuse dans le monde, qui dresse un bilan par pays des années 2008 à 2010. Constat : les chrétiens restent le groupe religieux le plus persécuté de la planète, et la situation des chrétiens prise dans son ensemble se détériore.

Selon Monseigneur Silvano Tomasi, observateur du Saint-Siège auprès de l’ONU à Genève, deux cents millions de chrétiens dans le monde ne jouissent pas de la liberté religieuse "et cela va, dans certains pays, jusqu’à la persécution", malgré les multiples déclarations et conventions internationales garantissant le respect de cette liberté. Ces persécutions contre les chrétiens représentent 75% des persécutions religieuses dans le monde.

L'AED est une œuvre internationale catholique de droit pontifical,fondée en 1947, qui a pour mission d'aider les chrétiens menacés, persécutés, réfugiés ou dans le besoin. Elle a rendu public son rapport mardi 23 novembre dans les locaux de la Conférence des évêques de France.

La loi, dans la plupart des pays du Moyen-Orient et dans deux ou trois pays d’Afrique, limite sévèrement la liberté religieuse des chrétiens. Ce peut être l’interdiction de célébrer le culte non musulman (même en privé) comme en Arabie Saoudite. Ou encore l’apostasie : le musulman ne peut pas se convertir sous peine d’être condamné à fuir ou à mourir. Le blasphème aussi est un crime passible de mort au Pakistan. Asia Bibi, chrétienne, mère de famille, a été condamnée il y a quelques semaines à être pendue (Aux dernières nouvelles, le gouvernement pakistanais serait prêt à l’amnistier, mais revenue chez elle, elle risque d’être lapidée par ses voisins, ceux-là même qui l’ont accusée).

La liberté religieuse est intimement liée à la liberté de pensée et à la liberté de conscience. Si l’une est attaquée, les autres sont menacées.

« Nous voulons défendre à tout prix la liberté de conscience comme droit fondamental », déclare Marc Fromager, le directeur de l’AED.

Dernièrement, Benoît XVI, en annonçant la 44e Journée mondiale de la paix du 1er janvier prochain qui aura pour thème « liberté religieuse, chemin vers la paix », a rappelé que la liberté religieuse est la « liberté des libertés ».


Lundi 22 novembre 2010

Deux ouvriers chrétiens, deux frères syriaques, ont été abattus par des hommes armés sur leur lieu de travail, un garage situé dans une zone industrielle de l'ouest de Mossoul, dans le nord de l'Irak, dans une nouvelle attaque contre la communauté chrétienne d'Irak.

Les victimes, Wahad Hanna et son frère Saad, avaient respectivement 40 ans et 43 ans.

Cet assassinat intervient deux semaines après que la communauté chrétienne d'Irak a été durement frappée par de sanglantes attaques qui ont poussé encore plus de fidèles à fuir ce pays, dont l'assaut, en pleine messe, de la cathédrale syriaque catholique de Bagdad qui a fait 53 morts.

Trois jours plus tard, la branche irakienne d'Al-Qaïda avait qualifié les chrétiens de "cibles légitimes", en annonçant que d'autres attaques suivraient.

Les 9 et 10 novembre, une série d'attentats à la bombe et de tirs d'obus de mortier contre des maisons appartenant à des chrétiens à Bagdad a fait au moins 6 morts et 33 blessés.

Entre 800.000 et 1,2 million de chrétiens vivaient encore en Irak en 2003, avant l'invasion du pays par une coalition emmenée par les Etats-Unis. Des centaines de milliers d'entre eux ont pris le chemin de l'exil en raison des violences et il ne reste plus aujourd'hui que 500.000 chrétiens en Irak.


Addendum: Mgr Dubost, évêque d'Evry-Corbeil-Essonnes, a publié un communiqué sur la question des chrétiens d'Irak

L'attentat de la cathédrale de Bagdad a bouleversé le monde. Des blessés sont arrivés en France... Et les témoignages sont déchirants. Il est évidemment bien d'accueillir ces blessés. De les entourer de notre prière. Et de notre affection.

Mais ils doivent nous réveiller. Il ne s'agit pas simplement de sentiment mais de l'avenir de la planète.

La majorité des personnes déplacées dans le monde sont des musulmans.
La majorité des victimes d'attentats dans le monde sont aussi des musulmans. Et, s'il est normal que nous soyons attentifs à nos frères chrétiens... A nos yeux, une victime est une victime. Il n'y a pas de différence.

Sauf, et c'est le cas en Irak, lorsqu'il s'agit d'éliminer un groupe religieux.
Personne ne pense en Irak éliminer les sunnites ou les chiites, mais certains pensent éliminer les chrétiens parce que chrétiens. La plupart des attentats ont pour but la recherche du pouvoir.
Les attentats contre les chrétiens ont pour but le départ, l'anéantissement des chrétiens. Toute la différence est là.
Et c'est cela qui incite à la lutte. Nous ne nous battons pas simplement pour les chrétiens, mais pour les droits de l'homme. Et, en particulier, pour la liberté religieuse : celle de changer de religion, de pouvoir l'exprimer, d'être un citoyen à part entière, celle, non seulement de pratiquer, mais d'exister librement dans la sphère publique.
Et notre combat doit servir au musulman qui ne veut pas pratiquer le Ramadan, au juif qui ne veut pas qu'on lui impose le shabbat, comme au chrétien, comme à l'athée.
La liberté religieuse est la pierre de touche de la véritable liberté.

+ M. Dubost
Evêque d'Evry-Corbeil-Essonnes
Le 22 novembre 2010

Dans un article du 18 novembre, Paris-Match nous offre un émouvant portrait de la situation des chrétiens en Orient, à travers 5 pays où leurs reporters sont allé directement recueillir les témoignages et observer la situation.

IRAK
Les chrétiens irakiens sont perçus comme des "croisés", des ameriki, et payent pour l'invasion américaine ordonnée en 2003 par le président George W. Bush à l'encontre des directives contraires de l'ONU.
Enlèvements, meurtres, bombes sont le quotidien de ces chrétiens qui hésitent à rester dans leur propre pays.

« Mon frère a pris une balle dans le ventre, en plein jour, raconte un réfugié de Mossoul abrité à Karmless. Quand j’ai demandé une enquête, j’ai reçu des menaces de mort. Alors, j’ai vendu ma maison à moitié prix et je suis parti. » Affreusement banal.
« Des types m’appellent pour me dire qu’ils vont me faire la peau », explique un prêtre.

Mgr Georges Casmoussa, 72 ans, évêque de Mossoul reçoit les journalistes à Karakoch :

En 2005, des islamistes l’ont enlevé à Mossoul. « Enfermé dans le coffre de leur voiture, j’ai dit : “Mon Dieu, c’est du sérieux. Donnez-moi la grâce de ne pas ­lâcher des mots qui envenimeraient la situation.” » Il passera plusieurs jours les yeux bandés, pieds et poings liés. A son gardien, qui promet de l’égorger « comme un mouton », il répond avec douceur. Son interlocuteur semble désarçonné, mais apporte un jour un poignard : « Placé derrière moi, il pose la lame sur mon cou et me demande si j’ai peur. Je réponds : “Non. En d’autres circonstances, je vous aurais dit que je suis à votre merci et vous à la mienne (c’est un verset du Coran). Mais maintenant, je suis à votre merci, agissez ­selon votre conscience.” Il me suggère de prononcer des paroles à l’intention de mes proches. Je dis que j’offre ma vie pour la paix en Irak et pour que ses enfants, musulmans et chrétiens, se prennent par la main pour construire ce pays. » Silence interloqué du bourreau. Puis : « Par Dieu, ce sont de bonnes paroles... » Le bon pasteur pourra continuer de mener encore ses brebis, tout en aiguisant son jugement sur le ­fanatisme : « On a voulu me tuer en disant “Au nom de Dieu”... C’est impensable. Egorgez-moi, si vous voulez, mais pas au nom de Dieu. »

EGYPTE

« “Voile-toi la tête, sale chrétienne !” Voilà ce que j’entends chaque jour dans la rue. » raconte Luna, 60 ans. Je vis seule avec ma fille. L’immeuble est 100 % islamiste, les voisins nous harcèlent pour nous faire déguerpir, alors j’ai pris des chiens. Un ­remède presque pire que le mal : ces animaux sont impurs pour les musulmans.

Les Coptes se ­cachent pour parler. Les autorités détestent qu’on fasse une vilaine pub à l’Egypte.

« Pendant la grande prière du vendredi, j’entends les hauts parleurs des mosquées diffuser des paroles haineuses : « Méfiez vous des Juifs et des Chrétiens. Ne les fréquentez pas, ne mangez pas avec eux, ne travaillez pas avec eux. » raconte Georges, qui pourtant jusqu'ici n'a jamais eu de souci avec ses amis musulmans. « Mon entreprise est sans cesse victime de tracasseries ­administratives. Et dans ce pays, les chrétiens ont du mal à trouver du travail. Quand la chaîne de fast-food Mo’men s’est ouverte, toutes les annonces d’emploi précisaient que les jobs étaient interdits aux Coptes. » raconte Alexandre, homme d'affaire.

Mais ici, les chréiens distinguent les musulmans des islamistes.

« Les Frères musulmans sont riches et organisés. Ils s’infiltrent partout, comme une pieuvre. Moubarak reste notre seul rempart contre leur haine. Mais il est malade et l’élection présidentielle est pour bientôt. Le jour où il disparaît, c’est foutu. On a tous peur que ça devienne l’Arabie saoudite, ici. On risque un conflit à la libanaise »

LIBAN

« Le Hezbollah, c’est le IIIe Reich dans toute sa splendeur, explique Philippe, chrétien libannais. Ils noyautent tout. Ils ont même réussi à faire retirer le “Journal d’Anne Franck” du programme dans une école américaine. » Et d’ajouter, grinçant : « Les islamistes sont soutenus par des dictatures. Si on nous massacre, qui nous défendra ? On est invisibles pour les Occidentaux. »

« Ici, nous sommes une île dans un océan chiite. On a fait tout pour nous faire partir, de manière insidieuse, en nous proposant des sommes astronomiques pour nos propriétés », dit l’un.

A une veuve de 70 ans, on a offert 12 000 dollars pour un terrain qui en vaut 2 000. Elle a refusé. Le ton monte : « Nous ne vendrons pas un pouce de la terre de nos ancêtres, même face aux pires ennuis financiers. » Beaucoup travaillent en ville et reviennent le week-end.

Cette carte montre l'effrayante réalité des chrétiens chassés des pays d'Orient. La plus grosse perte se situe en Turquie, pays prétenduement laïc.

Des musulmans ont brûlé au moins dix maisons appartenant à des chrétiens de la province de Qena , au sud de l'Egypte, dans la nuit du 14 novembre, selon une information du ChristianPost. Ce nouvel accès de violence anti-chrétien est la conséquence... d'une simple rumeur de liaison entre un jeune copte et une jeune fille musulmane.

Plusieurs personnes suspectées d'avoir bouté le feu aux habitations dans la province de Qena ont été arrêtées. Les deux jeunes gens au sujet desquels la rumeur a enflé ont également fait l'objet d'un interrogatoire policier.

Alors que les relations de voisinage entre musulmans et chrétiens coptes ont toujours été bonnes dans le passé en Egypte, ces derniers temps une radicalisation de l'Islam s'installe, accompagnée de réelles persécutions de la aprt de groupes terroristes, qui pousse les chrétiens à se déplacer vers des quartiers exclusivement chrétiens et à mettre leurs enfants dans écoles chrétiennes (contrairement à ce qui se faisait avant).

Dix jours après le carnage revendiqué par Al-Qaïda dans une cathédrale syriaque catholique, une série d'attentats a visé mardi soir et mercredi matin les domiciles de chrétiens à Bagdad. Ces attaques ont fait trois morts et 26 blessés, selon un responsable du ministère de l'Intérieur qui s'exprime sous couvert de l'anonymat. Les bombes ont explosé mercredi à quelques minutes d'intervalle près de quatre habitations appartenant à des chrétiens dans des quartiers chrétiens de Bagdad.

«Deux obus de mortier et dix bombes artisanales ont visé les domiciles de chrétiens dans différents quartiers de Bagdad entre 6 et 8 heures (4 et 6 heures, heure française)», a précisé ce responsable.

Mardi soir, trois maisons appartenant à des chrétiens à Bagdad avaient déjà été la cible d'attentats à la bombe, qui n'ont pas fait de victime. En revanche, plus de cent chiites ont été tués, et 200 autres blessés, dans les attentats massifs à la voiture piégée qui ont eu lieu le même soir à Bagdad, au cours de 21 explosions à la voiture piégée parfaitement coordonnées, dans des quartiers chiites de Bagdad.

Un responsable du ministère de l'Intérieur a précisé que les deux plus gros attentats avaient eu lieu contre des restaurants à Kazamiya (nord) et à Husseiniya (est). Le premier a fait 6 tués et 26 blessés et le second 4 tués et 34 blessés.

Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est dit "consterné" par ces attentats en Irak contre les chrétiens et les musulmans, l'ambassadeur français soulignant que les chrétiens d'Irak étaient "en première ligne" dans le processus démocratique du pays.

Il y a "une volonté délibérée de détruire la communauté chrétienne d'Irak" de la part des "fondamentalistes", a souligné l'ambassadeur de France à l'ONU Gérard Araud.
"Défendre les chrétiens d'Irak, ce n'est pas seulement une exigence morale, c'est aussi une nécessité politique. Attaquer les chrétiens d'Irak c'est aussi attaquer la diversité, le pluralisme de la société irakienne, c'est le combat du fondamentalisme contre la démocratie. Les chrétiens d'Irak sont en première ligne dans ce combat", a-t-il ajouté devant la presse.


Le 3 novembre, la branche irakienne d'Al-Qaïda avait annoncé que d'autres attentats viseraient les chrétiens. Au total, 46 civils, dont deux prêtres, et sept membres des forces de sécurité avaient péri le 31 octobre dans la cathédrale syriaque catholique de Bagdad, visée par l'une des plus violentes attaques contre la communauté chrétienne d'Irak.

Cible récurrente d'attaques, la communauté chrétienne de Bagdad, qui comptait 450.000 fidèles en 2003, avant la chute de l'ex-président Saddam Hussein, n'en dénombre plus que 150.000, en raison d'un exode massif vers les pays voisins, l'Europe, l'Amérique du nord et l'Australie.

La justice pakistanaise, au tribunal de Sheikhupura (Punjab), a condamné à mort une mère de famille pakistanaise, Asia Bibi, pour avoir diffamé le prophète Mahomet il y a plus d'un an.

L'affaire est pourtant bégnine. Un jour de juin 2009, alors qu'elle travaille aux champs en compagnie d'autres femmes, un incident survient. On demande alors à Asia d'aller chercher de l'eau mais quand celle-ci s'exécute, les autres femmes refusent de toucher au liquide qu'elles estiment «impur» (car touchée par un impur ?). S'ensuit une conversation animée autour de la religion. Asia est alors pressée par ses collègues «de renoncer à sa foi chrétienne et d'embrasser l'Islam». Elle répond avec sa propre foi et ses mots à elle.

«Qu'a fait ce dernier (Mahommet) pour les hommes alors que Jésus s'est sacrifié pour les péchés des hommes ?» lance-t-elle en substance à ses contradictrices.

Les versions des différents journaux rapportant l'affaire divergent quelque peu sur la suite des évènements. Quoi qu'il en soit, il semble qu'après cette discussion, Asia a été prise à partie par une foule agressive. Elle se réfugié alors chez elle, mais poursuivie jusque là, se rend auprès de la police qui, sous la pression de la foule, se retourne contre elle en l'arrêtant pour blasphème.

Pendant un an, Asia est donc restée en détention, pour avoir répondu à des tentatives de conversion. Le jugement du tribunal de Sheikhupura, une ville de la province du Punjab dans le nord du pays, l'a condamné au bout de ce temps à la peine capitale. Le juge Naveed Iqbal l'a condamnée à la pendaison en écartant "totalement" toute possibilité qu'elle ait été accusée à tort, ajoutant qu'elle n'avait "aucune circonstance atténuante", d'après le verdict dont l'AFP a obtenu copie. Pour être exécutée, la condamnation doit être encore approuvée par la Haute Cour de Lahore, la plus haute juridiction du Pendjab.

Au Pakistan, les lois antiblasphème qui existent servent surtout, d'après les associations chrétiennes, à persécuter leur communauté, estimée à environ trois millions de personnes. Les sanctions aboutissent en général à de la prison, parfois à vie.

Plusieurs associations chrétiennes se sont rapidement manifestées, ainsi que le ministre italien des Affaires étrangères, de passage à Islamabad. Le Pakistan Christian Congress a demandé au président d'intervenir et appelle à l'abrogation des lois antiblasphème. L'ONG Human Rights Watch a réagit également :

"La loi sur le blasphème est totalement obscène et doit être totalement abrogée. Elle est d'abord utilisée contre les groupes les plus vulnérables, qui sont discriminés politiquement et socialement, à commencer par les minorités religieuses et les musulmans hétérodoxes", estime ainsi Ali Dayan Hasan, porte-parole de l'ONG Human Rights Watch.

Pour Marc Fromager, de l'ONG Aide à l'Eglise en détresse, cette condamnation

"est symptomatique de ce qui arrive au Pakistan depuis plusieurs années. Les Chrétiens y sont des citoyens de seconde zone." Selon lui, la loi anti-blasphème "est souvent instrumentalisée pour s'en prendre aux minorités et notamment les Chrétiens. C'est une réelle épée de Damoclès au-dessus de la tête des Chrétiens."

Pour sa part, le ministre italien des Affaires étrangères, M. Frattini, a déclaré :

"L'Italie a toujours été contre la peine de mort. La loi sur le blasphème ne devrait pas être instrumentalisée pour discriminer les minorités religieuses".

Selon la presse, c'est la première fois que cette loi, qui persécute les chrétiens depuis sa mise en application, condamne une femme à mort.
En juillet dernier, deux frères chrétiens, accusés d'avoir écrit un pamphlet critique pour le prophète Mahomet, mais innocentés au cours de leur procès, avaient été tués devant leur tribunal dans le Pendjab, où des centaines de manifestants réclamaient leur condamnation à mort (sans que les meutriers aient été inquiétés, semble-t-il).

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