Dans un article du 18 novembre, Paris-Match nous offre un émouvant portrait de la situation des chrétiens en Orient, à travers 5 pays où leurs reporters sont allé directement recueillir les témoignages et observer la situation.

IRAK
Les chrétiens irakiens sont perçus comme des "croisés", des ameriki, et payent pour l'invasion américaine ordonnée en 2003 par le président George W. Bush à l'encontre des directives contraires de l'ONU.
Enlèvements, meurtres, bombes sont le quotidien de ces chrétiens qui hésitent à rester dans leur propre pays.

« Mon frère a pris une balle dans le ventre, en plein jour, raconte un réfugié de Mossoul abrité à Karmless. Quand j’ai demandé une enquête, j’ai reçu des menaces de mort. Alors, j’ai vendu ma maison à moitié prix et je suis parti. » Affreusement banal.
« Des types m’appellent pour me dire qu’ils vont me faire la peau », explique un prêtre.

Mgr Georges Casmoussa, 72 ans, évêque de Mossoul reçoit les journalistes à Karakoch :

En 2005, des islamistes l’ont enlevé à Mossoul. « Enfermé dans le coffre de leur voiture, j’ai dit : “Mon Dieu, c’est du sérieux. Donnez-moi la grâce de ne pas ­lâcher des mots qui envenimeraient la situation.” » Il passera plusieurs jours les yeux bandés, pieds et poings liés. A son gardien, qui promet de l’égorger « comme un mouton », il répond avec douceur. Son interlocuteur semble désarçonné, mais apporte un jour un poignard : « Placé derrière moi, il pose la lame sur mon cou et me demande si j’ai peur. Je réponds : “Non. En d’autres circonstances, je vous aurais dit que je suis à votre merci et vous à la mienne (c’est un verset du Coran). Mais maintenant, je suis à votre merci, agissez ­selon votre conscience.” Il me suggère de prononcer des paroles à l’intention de mes proches. Je dis que j’offre ma vie pour la paix en Irak et pour que ses enfants, musulmans et chrétiens, se prennent par la main pour construire ce pays. » Silence interloqué du bourreau. Puis : « Par Dieu, ce sont de bonnes paroles... » Le bon pasteur pourra continuer de mener encore ses brebis, tout en aiguisant son jugement sur le ­fanatisme : « On a voulu me tuer en disant “Au nom de Dieu”... C’est impensable. Egorgez-moi, si vous voulez, mais pas au nom de Dieu. »

EGYPTE

« “Voile-toi la tête, sale chrétienne !” Voilà ce que j’entends chaque jour dans la rue. » raconte Luna, 60 ans. Je vis seule avec ma fille. L’immeuble est 100 % islamiste, les voisins nous harcèlent pour nous faire déguerpir, alors j’ai pris des chiens. Un ­remède presque pire que le mal : ces animaux sont impurs pour les musulmans.

Les Coptes se ­cachent pour parler. Les autorités détestent qu’on fasse une vilaine pub à l’Egypte.

« Pendant la grande prière du vendredi, j’entends les hauts parleurs des mosquées diffuser des paroles haineuses : « Méfiez vous des Juifs et des Chrétiens. Ne les fréquentez pas, ne mangez pas avec eux, ne travaillez pas avec eux. » raconte Georges, qui pourtant jusqu'ici n'a jamais eu de souci avec ses amis musulmans. « Mon entreprise est sans cesse victime de tracasseries ­administratives. Et dans ce pays, les chrétiens ont du mal à trouver du travail. Quand la chaîne de fast-food Mo’men s’est ouverte, toutes les annonces d’emploi précisaient que les jobs étaient interdits aux Coptes. » raconte Alexandre, homme d'affaire.

Mais ici, les chréiens distinguent les musulmans des islamistes.

« Les Frères musulmans sont riches et organisés. Ils s’infiltrent partout, comme une pieuvre. Moubarak reste notre seul rempart contre leur haine. Mais il est malade et l’élection présidentielle est pour bientôt. Le jour où il disparaît, c’est foutu. On a tous peur que ça devienne l’Arabie saoudite, ici. On risque un conflit à la libanaise »

LIBAN

« Le Hezbollah, c’est le IIIe Reich dans toute sa splendeur, explique Philippe, chrétien libannais. Ils noyautent tout. Ils ont même réussi à faire retirer le “Journal d’Anne Franck” du programme dans une école américaine. » Et d’ajouter, grinçant : « Les islamistes sont soutenus par des dictatures. Si on nous massacre, qui nous défendra ? On est invisibles pour les Occidentaux. »

« Ici, nous sommes une île dans un océan chiite. On a fait tout pour nous faire partir, de manière insidieuse, en nous proposant des sommes astronomiques pour nos propriétés », dit l’un.

A une veuve de 70 ans, on a offert 12 000 dollars pour un terrain qui en vaut 2 000. Elle a refusé. Le ton monte : « Nous ne vendrons pas un pouce de la terre de nos ancêtres, même face aux pires ennuis financiers. » Beaucoup travaillent en ville et reviennent le week-end.

Cette carte montre l'effrayante réalité des chrétiens chassés des pays d'Orient. La plus grosse perte se situe en Turquie, pays prétenduement laïc.