PERSÉCUTIONS DANS LE MONDE


Suite à l'échec de l'Union à condamner les persécutions anti-chrétienne survenu fin janvier, les ministres des Affaires Etrangères se sont remis au travail et ont finalement aboutit à un texte pour demander des "propositions concrètes" face à la montée de l'intolérance religieuse dans le monde, à l'encontre notamment des chrétiens mais aussi des musulmans. Une formulation prudente, fruit d'un difficile compromis à 27.

Fin janvier, les ministres européens des Affaires étrangères n'étaient pas parvenus à se mettre d'accord sur une déclaration qui ne mentionnait au départ aucun exemple concret, dans le souci, selon des diplomates de certains Etats européens de ne pas alimenter le "choc des civilisations".
Ils ont fini par le faire au cours de leur réunion de lundi, en optant pour un texte disponible ici et qui parvient à la formulation suivante :

"Le Conseil exprime sa profonde préoccupation concernant le nombre croissant de manifestations d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion, dont témoignent les violences et les actes de terrorisme perpétrés récemment, dans différents pays, contre des chrétiens et leurs lieux de culte, des pèlerins musulmans et d'autres communautés religieuses, actes qu'il condamne fermement.

Aucune région du monde n'est hélas épargnée par le fléau de l'intolérance religieuse", souligne le texte qui "réaffirme que l'Union européenne est résolument attachée à la promotion et à la protection de la liberté de religion ou de conviction sans aucune discrimination".

"(...) Les Etats ont pour premier devoir de protéger leurs citoyens, y compris les personnes appartenant à des minorités religieuses, toutes les personnes appartenant à des communautés et à des minorités religieuses devraient pouvoir pratiquer leur religion et leur culte librement, individuellement ou en communauté, sans craindre d'être la cible de manifestations d'intolérance ou d'attaques, ont souligné les ministres."

L’esprit de compromis consiste cependant à garder le flou sur les événements et les lieux.

Le texte adopté invite aussi la Haute Représentante aux Affaires étrangères, Catherine Ashton, "à rendre compte des mesures prises et des propositions concrètes faites pour renforcer encore l'action de l'UE en la matière". Toutefois, à ce stade, rien de très concret sur ce que l'UE compte faire pour mieux protéger les minorités religieuses. Elle jouera un rôle plus actif dans les enceintes multilatérales, en particulier l’ONU. Commentant le compromis trouvé, le ministre français des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, a jugé que c'était "déjà très bien par rapport au non-aboutissement de la dernière fois".

"Que l'UE se positionne en ayant bien en tête que sa défense de la liberté et des droits de l'homme, ça passe aussi par la défense de la liberté des religions, me semble une évidence", a-t-il ajouté en marge de la réunion

Cette déclaration est « un pas dans la bonne direction », selon les épiscopats catholiques siégeant à la Comece. Maintenant « il faut des actions concrètes pour garantir la sécurité des communautés chrétiennes », souligne leur porte-parole, Johanna Touzel.


Vendredi 18 février 2011

Vendredi 18 février, un prêtre catholique a été assassiné à Manouba, près de Tunis.

Le père Marek Rybinski était un frère salésien polonais de 33 ans et a été retrouvé égorgé dans le hangar de l'école privé où il enseignait. Son corps avait été disposé les pieds orientés vers le sud-est, en direction de la Mecque. Le fait que rien n'ait été volé et "la façon dont il est mort rappelle la méthode des islamistes", avait évoqué le père qui dirige l'école. Selon lui, l'établissement avait déjà reçu des lettres de menaces.

Le gouvernement a condamné ce meurtre qu'il attribue à des extrémistes. Craignant "des amalgames", Ennahda, le principal mouvement islamiste, a condamné également les auteurs de ce crime, commis le jour de prière et de prêche de l'Islam.

Dimanche, des centaines de manifestants inquiets de la multiplication d'actes extrémistes, ont défilé dans les rues de Tunis contre le fanatisme et pour une "Tunisie laïque". Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a reçu dimanche après-midi l'archevêque de Tunis Lahham Maroun.

L'Union européenne, par la voix de la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a demandé lundi que les assassins de ce prêtre soient retrouvés et traduits en justice.

"La Tunisie a toujours été une terre de tolérance religieuse et je tiens à souligner l'importance de préserver cela afin de construire des règles totalement démocratiques, fondées sur le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales", a-t-elle insisté. "La liberté de religion ou de conviction est un droit humain universel et a besoin d'être protégé partout et pour tous", a ajouté la chef de la diplomatie européenne.



Mgr Lahham décrit ainsi les circonstances de la mort du Père Rybinski.

« Le Père Rybinski était sorti de la maison missionnaire le jeudi 17 février vers midi, laissant sa voiture à la mission. Le lendemain, vendredi 18, nous avons trouvé son ordinateur allumé dans sa chambre. Nous pensons donc que quelqu’un l’a appelé sous un prétexte de façon à le faire sortir. Cette personne aurait enlevé le Père Rybinski le 17 février pour le tuer le lendemain. Son corps a été retrouvé dans l’un des dépôts de l’école. Le ou les meurtriers sont des personnes qui connaissent bien l’édifice parce que ce dépôt est caché derrière l’école. En outre, ils savaient que le Père Rybinski avait les clefs de ce local. J’ai vu le corps aux alentours de 13 heures et le sang n’était pas encore coagulé, ce qui a été confirmé par le médecin légiste. Donc l’homicide avait eu lieu quelques heures auparavant ».

Le missionnaire aurait été égorgé.

« Les Salésiens avaient reçu voici 15 jours une lettre de menace avec une demande d’argent sinon ils ne seraient pas venus le tuer à la maison – poursuit Mgr Lahham. La lettre était écrite dans un excellent français et portait une svastika nazie en guise de signature. Les Pères avaient dénoncé le fait à la police. Les agents avaient répondu qu’ils en prenaient acte et avaient invité les missionnaires à signaler si des malfaiteurs s’étaient de nouveau manifesté. Malheureusement, ils ont frappé de cette manière ».

Hier soir, 18 février, Mgr Lahham a présidé dans la Cathédrale de Tunis une Messe de suffrage pour le repos de l’âme du prêtre assassiné. Le Père Rybinski avait 33 ans et était originaire de l’Inspectorat de Varsovie (Pologne). Il avait été ordonné prêtre en mai 2005 et était arrivé à Manouba en septembre 2007 où il occupait les fonctions d’économe de la communauté


Addendum : Les autorités tunisiennes ont annoncé lundi soir l'arrestation du meurtrier présumé. Il s'agirait d'un menuisier tunisien qui travaillait dans l'école où a été retrouvé le corps

La Fédération des Églises protestantes de Suisse et la Conférence des évêques (catholiques) suisses viennent de lancer un appel aux autorités turques contre l’expropriation du cloître araméen Mor Gabriel.

"C’est avec consternation que la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS et la Conférence des évêques suisses CES observent les graves attaques contre les chrétiens en divers pays. Les tentatives répétées des autorités turques d’attaquer le cloître orthodoxe syrien de Mor Gabriel, au moyen de procédures douteuses en sont un exemple frappant. (...)

Le 26 janvier 2011 à Ankara, la Cour de Cassation a décidé l’expropriation d’éléments importants du domaine du cloître. Elle a justifié cette décision par le fait que la communauté se serait approprié indûment ce terrain. Or le cloître a été fondé en 397 déjà, et il peut attester de sa qualité de propriétaire du sol par des actes officiels valides, que l’instance précédente avait encore reconnus comme des preuves de propriété.

La FEPS et la CES constatent avec préoccupation que ce cloître vieux de 1600 ans est menacé par des forces visiblement gênées par des symboles de vie chrétienne. Des allégations sans fondement font le procès du chef de l’Église orthodoxe syrienne, l’archevêque Mor Timotheos Samuel Aktas. FEPS et CES soutiennent la direction du cloître dans sa décision de faire recours contre le jugement de la Cour de Cassation.

La Fédération des Églises protestantes de Suisse et la Conférence des évêques suisses appellent le gouvernement turc à reconnaître tous les groupes ethniques chrétiens dans le pays et à leur garantir le droit à la liberté religieuse. Au nom des Églises catholique romaine et protestantes en Suisse, les auteurs appellent le gouvernement turc, en sa qualité d’exécutif du pays présidant actuellement le Conseil de l’Europe et candidat à l’adhésion à l’Union européenne, à contrer résolument ces atteintes aux droits de l’homme."

Des nationalistes turcs ont attaqué l’église catholique Sainte-Marie de Trabzon (Trébizonde), sur la Mer Noire au mois de janvier. C’est dans cette église déjà que fut assassiné, le 5 février 2006, le Père Andrea Santoro, un prêtre fidei donum italien qui desservait cette paroisse comme curé depuis 3 ans.

Selon les journaux turcs du 15 février, un groupe de personnes se sont rassemblées il y a quelques semaines dans la cour de l’église Sainte-Marie de Trabzon et ont exigé que l’on décroche la croix au sommet de l’édifice religieux. Ces agresseurs ont scandé des slogans nationalistes, lancé des cocktails molotov et des bouteilles dans la cour de l’église catholique aux cris de

"si vous ne descendez pas la croix, nous le ferons nous-mêmes !".

Ces derniers n’ont pas été arrêtés pour le moment. La police n’aurait pu identifier personne sur les vidéos des caméras de surveillance. Les membres de la communauté catholique locale craignent pour leur vie, selon des témoignages de paroissiens.

En principe, la Constitution turque de 1982 garantit la liberté religieuse et limite l’exercice du culte aux édifices religieux. L’activité missionnaire n’est pas interdite. Dans la pratique, les minorités religieuses sont cependant victimes de discrimination administrative et sont étroitement contrôlées par le gouvernement. Les activités missionnaires sont réprimées.

Depuis plusieurs années, les religieux chrétiens font l’objet d’attaques en Turquie, pays musulman qui aspire à intégrer l’Union européenne.

Le père Luis Carlos Orozco Cardona, 26 ans, a été assassiné à Rio Negro (Antioquia) le 12 février au soir.

Un jeune homme a ouvert le feu sur le prêtre, qui était vicaire de la Cathédrale du Diocèse de Sonson-Rionegro, du milieu de la foule. Le prêtre, gravement blessé, a été emmené à l’hôpital Saint Jean de Dieu où il a succombé à ses blessures. L'auteur du meurtre du prêtre, mineur, a été écroué, mais ses motivations demeurent pour l’heure inconnues.

Le père Orozco Cardona avait été ordonné prêtre le 26 février 2010.
Le diocèse de Sonson-Rionegro a publié un communiqué signé par l’Evêque du Diocèse, S.Exc. Mgr Fidel Leon Cadavid Marin, dans lequel il est demandé à ce que la lumière soit faite sur cet homicide :

« Nous déplorons profondément le vil assassinat dans la nuit du 12 février du père Luis Carlos Orozco Cardona, prêtre ayant travaillé comme Vicaire de la Paroisse cathédrale de Rionegro.
Ceci démontre une fois encore, la grave crise des valeurs humaines et chrétiennes dont souffre notre société à cause de l’oubli de Dieu, du mépris de la vie humaine et de la dignité de la personne humaine ».

Une foule de musulmans ont incendié deux églises et pillé une troisième lors d'affrontements avec la police dans le centre de Java, afin de réclamer la peine de mort pour un chrétien condamné pour blasphème contre l'Islam.
Ils ont également prit d'assaut un orphelinat ainsi qu’un centre de soins tenus par des chrétiens. Les violences se sont produites à Temanggung et n’ont pu être stoppées par l’intervention de la police, qui a été la cible elle aussi des manifestants, malgré le renfort de l’armée

Antonius Richmond Bawengan, 58 ans, jugé pour avoir distribué des tracts insultant l'Islam, a été condamné à 5 ans de prison, la peine maximale pour ce délit. Mais le jugement a mis en colère une foule de quelque 1.500 personnes, qui jugeaient la peine trop clémente. Aussitôt la sentence connue, le tribunal a été attaqué par les manifestants, qui étaient plus d’un millier ; le bâtiment a été envahi, les vitres brisé, des véhicules incendiés. Les juges ont été molestés, ainsi que le procureur et l’accusé, qui ont pu être soustraits à la fureur de la foule mais on signale qu’au moins l’un d’entre eux a été gravement blessé.

"C'était aujourd'hui le moment le plus intense du procès... La foule a crié qu'il (l'accusé) devrait être condamné à la peine de mort ou livré au public", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police du centre de Java, Djihatono.
Ils scandaient "tuer, tuer" devant le tribunal et "brûler, brûler" en se dirigeant vers les églises", a précisé le porte-parole.

Les émeutiers ont en effet ensuite pris pour cibles les édifices religieux chrétiens de la ville. L’église catholique Saints-Pierre-et-Paul, sur le boulevard Sudirman, a été la première à être attaquée. Le lieu de culte a été caillassé puis saccagé pendant que le P. Sadhana, missionnaire de la Sainte Famille, était violemment frappé par les agresseurs en essayant de protéger le tabernacle de la profanation.
La foule s’est ensuite dirigée vers une église pentecôtiste (Pantekosta Church), qui, selon le pasteur Darmanto, président de l’Eglise chrétienne d’Indonésie, a été entièrement brûlée. Puis ils se sont attaqués à un orphelinat catholique et un centre de soins des Sœurs de la Providence, ainsi que la maison mère de la congrégation.
Enfin, l’église protestante Bethel Indonesia (rue Soepeno) a à son tour été incendiée.

Il y a quelques jours, l’Institut Setara pour la démocratie et la paix, un centre de recherche indépendant, a fait paraître un rapport dénonçant l’augmentation des violences en Indonésie à l’encontre des minorités religieuses.
Deux jours plus tôt, en effet, un millier d’islamistes armés de pierres et de machette avaient attaqué la communauté musulmane des Ahmadis, considérés comme hérétiques par le courant majoritaire de l’islam, toujours à Java (province de Banten, dans la partie occidentale de l’île).

D'après un rapport paru le 19 janvier 2011 sur le respect des droits de l'homme en Birmanie, le peuple Chin, chrétien, est systématiquement persécuté par l'armée birmane en raison de son identité chrétienne.

Torture, viols et condamnations aux travaux forcés, voilà ce qu'endure quotidiennement la minorité Chin qui vit dans la province du même nom à l'ouest de la Birmanie.

Evangélisés au siècle dernier par des missionnaires américains, les Chin sont chrétiens à 90% ce qui ne plaît pas à la junte au pouvoir qui souhaite instaurer "une société uniforme où la seule religion pratiquée serait le bouddhisme."

Ainsi les soldats birmans ne se contentent pas de confisquer la nourriture, de détruire les maisons, les villages et les églises des Chin mais ils usent également envers eux "d'une extrême violence" selon les termes du rapport de l'ONG Physicians for Human Rights basée aux USA, enrôlant de force, enlevant ou tuant les enfants de moins de 15 ans et violant systématiquement les autres.
Beaucoup ont déjà fuit vers l'Inde ou le Bangladesh.

Deux chrétiens érythréens sont morts en prison, suite au refus de soins médicaux qu'ils réclamaient pourtant.

L'une des victimes est une jeune femme de 27 ans, Seble Hagos Mebrahtu, qui avait été arrêtée après avoir été trouvée en train de lire la Bible chez elle, dans sa chambre à coucher.

Considérés comme des ennemis du pays, les chrétiens font l'objet de vagues d'arrestation en Erythrée. Une centaine de chrétiens croupissent en prison actuellement

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