Eglise sainte Marie à Imbaba Des violences ont éclaté samedi soir à Imbada, un quartier populaire du Caire, en Egypte, entre musulmans et chrétiens coptes. Les principaux affrontements se sont produits autour d'une église attaquée par des musulmans qui pensaient qu'une chrétienne voulant se convertir à l'islam y était retenue contre son gré depuis plus d'un an.
12 personnes sont mortes, chrétiens et musulmans, et le ministère de la santé a fait état de 232 blessés dans un dernier bilan. 190 personnes ont été arrêtées.

Le danger couvait depuis plusieurs semaines, et les spécialistes cragnaient déjà des violences pour le vendredi (jour de prière et de prêche chez les musulmans), susceptibles d'amener une véritable guerre civile en Egypte autour de la question de deux chrétiennes, femmes de prêtres coptes (orthodoxes), que les musulmans imaginent vouloir se convertir à l'Islam.
Ces dernières semaines en effet, plusieurs manifestations à l'appel de salafistes ont eu lieu pour réclamer la «libération» de deux épouses de prêtres qu'ils estiment séquestrées par l'Eglise. Le vendredi 29 avril et le vendredi 6 mai, plusieurs milliers de musulmans ont organisé des sit-in et des manifestations devant la cathédrale Saint Marc, pour réclamer la « libération » de Camilia Sheahata. Cette Égyptienne de 26 ans, femme d’un prêtre de Minya (Haute-Égypte), avait disparue en juillet 2010, vraisemblablement après une dispute conjugale, et avait été retrouvée chez une amie. Les services de sécurité de l’État l’avaient alors « remise » à l’Église copte. Mais des groupes salafistes ont organisé régulièrement des manifestations pour exiger que leur « sœur » Camilia – qu’ils pensent convertie à l’islam – soit libérée. La même histoire est présentée pour Wafa Constantine, femme de prêtre également et que la rumeur dit morte. Les Coptes expliquent au contraire qu'elles avaient été enlevée par des musulmans et qu'elles ont simplement regagné leur domicile, sans intention de se convertir. Camilia Chehata a enregistré une vidéo dans laquelle elle nie en bloc toutes les rumeurs musulmanes, cependant, aucune des deux n'est réapparue publiquement pour donner sa version des faits.

« Même lorsqu’on parle avec des amis musulmans, qui ne sont pas salafistes, ils pensent que Camilia est musulmane et que l’église l’emprisonne. Ils répètent ce qu’ils entendent dans les médias et dans la rue », explique une habitante du quartier de Shubra-El-Kheima, réputé pour la cohabitation pacifique entre les deux communautés.

Samedi 30 avril, le procureur général égyptien a convoqué Camilia Shehata pour qu’elle vienne dire elle-même devant un tribunal quelle est sa religion. Naguib Gobrael, son avocat, assure qu’elle vit désormais avec son fils et son mari, et qu’elle est « fière d’être chrétienne ». Pour beaucoup, seule une déclaration d’elle en personne pourrait apaiser la situation.

Trop tard semblerait-il, car ce samedi 7 mai, au lendemain du grand sit-in musulman devant la cathédrale (qui aurait tourné au soutien à Oussama ben Laden), des milliers de musulmans ont attaqué l'église Saint-Ménas pour exiger la libération de Camilia. Des témoins ont évoqué l'usage de bombes incendiaires et des tireurs placés sur les toits, qui auraient visé les chrétiens sortis hors du bâtiment pour le protéger. Des coups de feu ont éclaté et les deux camps se sont affrontés à coup de pierres et de cocktails Molotov tandis que l'église était incendiée.
Une autre église du quartier, l'église de la Vierge Marie, a été également incendiée, et de nombreux soldats et de policiers anti-émeutes ont été déployés après les violences.

Plus tard en journée, de nouveaux affrontements ont éclaté lorsque de jeunes musulmans s'en sont pris à un cortège de manifestants chrétiens qui défilaient entre les bureaux du procureur général et le siège de la télévision d'État.




Ce dimanche, alors que le Premier ministre Essam Charaf a reporté un déplacement à l'étranger et convoqué une réunion de crise, l'armée égyptienne a annoncé que les 190 personnes arrêtées seraient déférées devant la cour militaire suprême. Un général, s'exprimant dans la nuit à la télévision, avait assuré auparavant que l'armée ne permettrait pas «à quelque courant que ce soit d'imposer son hégémonie en Egypte».

Les autorités vont «frapper d'une main de fer tous deux qui cherchent à nuire à la sécurité de la nation», a déclaré le ministre de la Justice, Abdel Aziz al-Gindi. Pour cela, le gouvernement devrait appliquer de manière immédiate «les lois qui criminalisent les attaques contre des lieux de culte et contre la liberté de croyance».



Les Coptes, ou chrétiens d'Egypte, sont présents en Egypte depuis les premiers temps du christianisme et représentent entre 6 et 10% des quelque 80 millions d'Egyptiens. Ils s'estiment discriminés et de plus en plus marginalisés dans une société en grande majorité musulmane sunnite. Ils ont été visés par plusieurs attentats, en particulier celui de la nuit du 31 décembre contre une église copte à Alexandrie qui a fait 21 morts. Début mars, six Coptes avaient également trouvé la mort lors d'affrontements avec des musulmans.
Une branche irakienne d'Al-Qaïda avait d'ailleurs trouvé prétexte de cette affaire de femmes séquestrées après l'attentat du 31 octobre à Bagdad dans une cathédrale syriaque catholique qui avait fait 53 morts. Le message de revendication promettait alors d'autres attaques si les deux égyptiennes n'étaient pas relâchées.

Depuis la chute de Hosni Moubarak, les salafistes sont beaucoup plus actifs sur la scène politique : ils étaient nombreux à participer aux manifestations contre la nomination d’un gouverneur copte à Qena, en Haute-Égypte, il y a dix jours.