PERSÉCUTIONS DANS LE MONDE


Les prêtres catholiques du Zimbabwe risquent de plus en plus d'être arrêtés et torturés par la police secrète du président Robert Mugabe depuis une lettre de la conférence épiscopale qui appelle le gouvernement à plus de responsabilité, selon un journal international catholique britannique : The Tablet.

Dans un reportage sur « L’oppression au Zimbabwe », l’hebdomadaire relève que l’Église catholique est devenue un « ennemi » du régime de Mugabe, depuis que la conférence épiscopale du pays a publié, au début de cette année, une lettre pastorale critique envers le pouvoir.
Cette lettre dénonce la corruption qu’elle considère comme « un cancer qui détruit notre nation », exhorte les partis politiques du pays, à s’engager dans un débat sérieux autour de l’état de la nation. Sinon, a-t-elle averti, le Zimbabwe pourrait « continuer à être poursuivi par la violence, l’intolérance politique, l’injustice, le truquage des élections, la peur, la tromperie ».

Depuis l’Église catholique s’est attirée l’hostilité du gouvernement qui la traite désormais comme l’un de « ses principaux ennemis » de l’intérieur.

« La police secrète infiltre les fidèles catholiques qui viennent aux messes. Lorsque, dans vos homélies, vous dites que les populations ont faim, elle rapporte vos propos et les autorités se sentent attaquées. Vous êtes alors considéré comme un ennemi », témoigne un prêtre catholique, sous couvert de l’anonymat.
« Vous pouvez recevoir, après ce prêche, un appel téléphonique vous demandant de vous présenter à un poste de police. Si vous avez la chance, vous serez seulement interrogé, puis libéré, explique-t-il. Nous savons que nos lignes sont constamment surveillées sur Internet. Envoyer des messages à l’étranger, est devenu dangereux pour nous. »

Selon lui, il est même devenu « extrêmement dangereux de s’habiller en col romain, parce qu’en ce moment, les autorités savent que vous êtes un prêtre, et vous êtes leur ennemi ».

Il y a quelques semaines deux prêtres catholiques, interpellés par la police ont été humiliés, en étant forcés de se déshabiller devant des femmes officiers de police dans un commissariat, avant d’être conduits en prison.

Le gouvernement pakistanais vient de dissoudre Ministère fédéral pour les minorités religieuses au travers d'un amendement constitutionnel (le 18e), voté par le Parlement puis approuvé par le gouvernement le 28 juin dernier, qui décentralise sept fonctions ministérielles, dont ce fameux Ministère. Ces fonctions sont désormais affectées aux provinces, dépendant donc du bon vouloir local.

Julius Salik, ancien ministre fédéral et président du World Minorities Alliance, une ONG de défense des droits de l’homme, a rappelé que la présence des chrétiens au niveau fédéral était cruciale, car ils devaient faire face à la discrimination, l’injustice et la persécution, de façon permanente et que ces problèmes ne pouvaient se résoudre qu’au niveau national et non pas provincial.

Une vision des choses à laquelle ont souscrit tous les responsables des minorités religieuses, qui ont dénoncé le fait que les dynasties politiques locales, déjà très puissantes, pourront désormais nommer responsables des minorités qui elles voulaient et empêcher ainsi les plaintes liées aux lois anti-blasphèmes et aux règlements de compte entre communautés d'aboutir de façon juste.

Cette suppression suscite la crainte chez les chrétiens du Pakistan mais aussi chez les hindous et les sikhs, quelques mois à peine après l’assassinat du ministre catholique Shabhaz Bhatti affecté à ce ministère, abattu le 2 mars dernier. Les chrétiens voient disparaître ce que certains considéraient comme leur dernier rempart contre la montée alarmante de l’islamisme au Pakistan. Les minorités ont dénoncé unanimement un "amendement constitutionnel auquel elles n’avaient pris aucune part".

La disparition du ministère des Minorités avait déjà failli passer en force il y a quelques mois, mais avait été annulé in extremis peu avant la mort de Shahbaz Bhatti, grâce à l’intervention des Etats-Unis. Le ministre actuel des Minorités religieuses, Akram Masih Gill, catholique comme son prédécesseur assassiné, aura eu beau batailler, son ministère a bel et bien disparu.

Pour les chrétiens, cette mesure était pressentie depuis l’assassinat de Shabhaz Bhatti en mars dernier et

"fait disparaître de l’agenda du gouvernement central toutes les préoccupations concernant les droits des minorités. C’est comme si l’on assassinait Shabhaz Bhatti une deuxième fois", déplore une source locale, citée par "Eglises d’Asie" (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).

Un prêtre de Lahore n’hésite pas à prédire que ce sera un "feu vert" donné aux fondamentalistes pour de nouvelles agressions, violences et persécutions contre les chrétiens. Malgré la dissolution de son ministère, Akram Gill a tenu vendredi 1er juillet à rassurer les minorités religieuses en déclarant avoir reçu des garanties du Premier ministre Youssouf Raza Gilani pour que leur protection soit assurée et qu’une partie des fonctions de l’ancien ministère des Minorités soit réintégrée au sein du tout nouveau mais encore mal défini Ministère fédéral pour l’harmonie interreligieuse et les droits de l’homme.

Parmi le flot de réaction, Nazir Bhatti, président du Pakistan Christian Congress (PCC), a dénoncé la manoeuvre prévisible du gouvernement pour affaiblir davantage les droits des minorités. Soulignant le fait que désormais les chrétiens seraient écartés de toute législation au niveau fédéral, il a soutenu que la seule solution qui leur restait pour ne pas être à la merci des islamistes était de créer une nouvelle province à majorité chrétienne, au sein du Penjab, où ils seraient à l’abri des conséquences du 18e amendement.


Les lois anti-blasphème actuellement en vigueur au Pakistan punissent de la peine de mort toute offense faite à Mahomet, et de la prison à perpétuité toute profanation du Coran, sur la base des articles 295-B et 295-C du Code pénal. Dénoncées par les militants des droits de l’homme au Pakistan comme à l’étranger, ces lois, qui s’appuient essentiellement sur la dénonciation, n’ont cependant jamais autant été appliquées que ces derniers mois dans le pays. Diverses affaires récentes ont mobilisé l’attention internationale (comme celle d’Asia Bibi, une mère de famille chrétienne du Penjab condamnée à mort, et les récents assassinats de Salman Taseer et Shabhaz Bhatti).

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