Cet extrait d'entretien est tiré de Valeurs Actuelles n° 3679 paru le 1 Juin 2007.
Mgr Rey y revient sur la multiplication des actes de profanations :

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Par ailleurs, les incendies criminels d’églises et les profanations de tombes se multiplient. Êtes-vous inquiet ?
Oui. Ces actes doivent être condamnés quelles que soient les religions qu’ils concernent, chrétienne, juive ou musulmane. Ils manifestent une intolérance religieuse, un mépris du sacré doublement criminel. D’une part parce que les cimetières sont des lieux de mémoire. Les morts nous parlent de nos racines, de notre héritage, et l’on voudrait les faire taire. Profaner une sépulture est un acte de rupture de mémoire, de déni de culture et, finalement, de déni d’humanité.
D’autre part, les cimetières sont des lieux sacrés, comme les églises et les édifices religieux. Or, le religieux, c’est, étymologiquement, ce qui “relie” l’homme à Dieu et les hommes entre eux. S’attaquer au sacré, c’est vouloir sectionner ces liens. C’est mutiler l’homme dans son espérance et lui refuser de vivre, en lui refusant de croire.
On a parfois l’impression que les gouvernements tardent à condamner ces profanations… Ce sont des actes mortifères, au sens propre du terme, qui manifestent l’influence, à mon sens sous-estimée, des sectes et des mouvements satanistes. Ils touchent à la conviction des croyants, et cette conviction qui concerne le sacré est elle-même sacrée : c’est le sanctuaire de la conscience qui est visé.
On aurait tort d’y voir seulement des actes dirigés contre une communauté. Le christianisme porte un message universel : la rédemption de l’humanité et son salut. Nous, chrétiens, avons une espérance pour le monde et des responsabilités vis-à-vis de ceux qui ne sont pas chrétiens ou croyants. Profaner des tombes, incendier des églises, c’est s’attaquer au christianisme dans ce qu’il a d’universel. Notre protestation n’est pas “corporatiste” : nous ne protestons pas pour les chrétiens, pas plus que les juifs ne protestent pour les juifs. Nous protestons pour l’homme, pour sa liberté de conscience.
On entend souvent dire que ces actes sont commis par des jeunes désœuvrés… Je veux bien admettre que certains le soient. Ces actes résonnent aussi comme un cri de désespérance… Mais leur répétition montre plutôt qu’ils sont le fait de réseaux actifs, animés par une idéologie de refus de la foi chrétienne et des signes religieux qui assurent sa visibilité. Ces actes s’inscrivent dans un contexte de négation du religieux. On sape les ressorts de notre démocratie en la privant du terreau judéo-chrétien, qui a porté les principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité.