C'est la consternation à Carcassonne. Les 150 fidèles qui assistaient à l'office des défunts, mardi 2 novembre en fin d'après-midi dans l'église Saint-Jacques du Viguier située dans un quartier sensible de Carcassonne, ont été victimes de deux adolescents qui sont entré dans l'église pour lancer des pierres et des projectiles sur les fidèles. Une personne âgée a été légèrement blessée tandis qu'une statue de la Vierge, prise pour cible par les jeunes profanateurs, a été endommagée.

Deux membres de l'assistance ont fait évacuer les deux jeunes intrus, et ont tenté de les poursuivre tandis qu'ils se faisaient insulter. Mais les enfants ont disparu dans la foule. Le curé Bruno Garrouste a déposé plainte au commissariat.

Le procureur de Carcassonne Francis Battut a ordonné une enquête pour identifier les adolescents.

"On prend cela très au sérieux", a-t-il dit.

Les faits datent de mardi mais n'ont été divulgués que jeudi. On ignore les motivations de ces jeunes. Abdallah Zekri, délégué régional du conseil français du culte musulman, a condamné

« fermement et totalement ce qui s'est passé à l'église de Carcassonne. Ceux qui ont fait cela sont des voyous qui portent atteinte au 'vivre ensemble' que nous construisons avec toutes les religions» a souligné celui qui est également le président de la région Sud-Est de la Grande mosquée de Paris.
«Je souhaite que la justice passe, les poursuive et les sanctionne» a-t-il ajouté, répétant «ce ne sont pas des voyous de ce genre qui vont saboter notre travail»

La profanation de l'église Saint-Jacques et le caillassage des fidèles, en plein office - une première, dans un quartier pourtant difficile - ont suscité un gros émoi au sein de la communauté chrétienne.

Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, chargé des cultes, a fait lire dimanche, lors d'un office oeucuménique, un message de soutien aux fidèles de cette paroisse réaffirmant la vision d'une République "aux côtés" des religions. M. Hortefeux, par la voix de la préfète de l'Aude présente en compagnie d'un représentant du Conseil régional du culte musulman, a fait part de sa

"Je tiens, ce matin, par la voix de Madame la Préfète de l'Aude, à exprimer à votre endroit un message de solidarité.
Ce qui s'est produit, mardi dernier, pendant l'office à la mémoire des défunts, en cette église Saint-Jacques du Viguier, suscite légitimement la tristesse, l'incompréhension et la colère.
Lorsque deux jeunes garçons, d'une quinzaine d'années, ont fait irruption dans cette enceinte religieuse pour y jeter des projectiles en direction des fidèles, dégradant une vitre de la sacristie ainsi qu'une statue de la Vierge Marie, ils ont souillé un lieu à qui chacun doit le respect.
Cette agression, hélas, n'est pas isolée. (...) Je refuse que la répétition de ces exactions les banalise. Il n'y aurait rien de pire que de s'y habituer. (...) A la condamnation morale doit s'ajouter la condamnation pénale.
Car chaque fois qu'un citoyen, quelles que soient ses origines, ses convictions ou sa religion, est visé ou atteint pour ce qu'il est ou pour ce en quoi il croit, c'est l'ensemble de la communauté nationale qui s'en trouve offensée.
Chaque fois qu'une église, une synagogue, une mosquée, un temple ou tout autre lieu de culte sont atteints, c'est la République tout entière qui se trouve blessée.
Quelles que soient les motivations des auteurs d'une telle agression, ils méconnaissent gravement les exigences de notre pacte républicain. %% Ministre de l'intérieur, chargé des cultes, je tiens à rappeler solennellement, ici, aujourd'hui, que la laïcité n'est pas la négation des religions, mais la garantie donnée à chacun de pouvoir pratiquer en toute quiétude le culte de son choix.
La laïcité, c'est la liberté de croire ou de ne pas croire, et c'est faire respecter cette liberté.
Mardi dernier, en cette église Saint-Jacques-du-Vigier, lors d'un office, ce principe fondamental de notre République a été, une nouvelle fois, piétiné.
Je tenais à vous en assurer : la République est à vos côtés."

Le discours rappelait également que 485 cimetières et lieux de culte avaient été dégradés entre le 1er janvier et le 30 septembre, dont 410 sites chrétiens, 40 musulmans et 35 israélites.

Mgr Planet, l'évêque de Carcassone a réagit également en faisant entendre

« l'émotion d'une communauté catholique brutalement affrontée à une violence incompréhensible »

Il a ensuite fustigé certaines réactions publiées sur des sites internet :

« Les déchaînements de haine anti-islamiste, qui ont suivi les événements de Carcassonne, sont beaucoup plus offensants pour le christianisme et le Christ lui-même que la sottise de quelques enfants mal intentionnés. Je ne peux cautionner un appel à la haine et au communautarisme tel qu'il se développe sur internet ».

Il célèbrera une messe dans l'église Saint-Jacques le dimanche suivant.

Quant à l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), tout en condamnant l'acte, elle s'en est surtout prise au lien que semblait faire TF1 entre cet incident et l'Islam dans leur reportage.


Nous remercions en tout cas M. Hortefeux, dont la prise de parole a fait sortir ce scandaleux événement de la cour des média locaux. Par sa prise de parole, cet incident a été médiatisé au delà de la région, et c'est une bonne chose, pour que ces événements ne soient plus des actes banals, écrits dans la rubrique des chiens écrasés des journaux locaux. Arrêt sur image s'étonne d'ailleurs que ce qu'il appelle un "mince fait divers" ait pu faire la une du journal TV de TF1.


MàJ : 15/02/2011
Un des deux caillasseurs a été retrouvé par la police après 3 mois d'enquête. Il s'agit d'un jeune garçon de 13 ans, Antoine, dont les medias et la police n'expliquent le geste que par le seul mot "d'idiotie". Son complice reste introuvable...
Depuis quand le caillassage d'une communauté en prière dans une église fait-il partie du pannel des "idioties" commises par un gamin de 13 ans ? Enfin, dormez braves gens, et soyez rassurés, ces agressions ou menaces qui se multiplient ne seront jamais que de simples "idioties"...